LUSOFONIA: OS NOVOS MUNDOS DO MUNDO
Pesquisa Orientada na Rede
por Luís Aguilar



Qu'est-ce que c'est pour moi la Lusophonie?

Lusophonie, ô Lusophonie quand tu nous tiens!
par
Lise Duquet

Étudiante du Mineure en langue portugaise et cultures lusophones de l'université de Montréal

La première fois où nous nous sommes vus confrontés à la question : « Que représente la Lusophonie, pour vous? », c’est dans le cadre d’une « chasse au Trésor » proposée par notre professeur Luis Aguilar. Cette demande est le point de départ du cours sur la Lusophonie.

Elle fait l’objet d’une recherche sur l’internet où nous avons accès à différents points de vue qui nous permettent de nous arrêter sur la question, de nuancer notre réflexion et de l’enrichir. Depuis la première fois où la question nous a été posée, ma pensée sur le sujet a beaucoup évoluée.

En effet, si j’avais dû y répondre sur -le-champ, dans un grand mouvement de romantisme, je vous aurais parlé de ces hommes qui, au tournant du 16ième siècle, avaient le regard tourné vers la mer en caressant le désir de prendre le large vers des terres qui leur étaient encore inconnues. Qu’est-ce qui pouvait tant les pousser à quitter leur petit rectangle de terre tout au bout de la péninsule ibérique?

Qui étaient-ils? Des hommes courageux, audacieux, prêts à risquer leur vie pour nourrir leur imaginaire? Des hommes décidés à dépasser leurs limites dans un élan d’idéalisme, de mysticisme pour aller à la découverte de ce qui leur était encore invisible?

Ou bien étaient-ils de ces hommes ambitieux remplis d’une foi inébranlable en leur capacité de faire de grandes découvertes? Leur sens d’autonomie et leur indépendance d’esprit ne les avaient-ils pas inspirés dans leurs recherches scientifiques?

Ne se devaient-ils pas de faire un pas de plus pour mettre de l’avant leurs connaissances pour éprouver leurs récentes réalisations? Ne devaient-ils pas les mettre au service d’une mission : trouver une autre voie qui mènerait au pays des épices? Enfin, ne devaient-ils pas être prêts à mourir pour aller jusqu’au bout de leurs ambitions?

Qui de l’homme d’aventures ou de l’homme de conquête, d’exploration est celui qui a jeté les bases de la Lusophonie? Ce sont, sans conteste, les uns et les autres en prenant racine sur l’une ou l’autre des côtes d’Afrique, d’Asie et d’Amérique qu’ils ont abordée au gré de leurs voyages.

Je vous aurais également parlé de ces gens nés d’un père ou d’une mère d’origine portugaise et de leurs descendants implantés dans l’un ou l’autre des cinq continents. Des gens de races différentes, avec des noms à consonance portugaise (Da Silva, De Sousa, Costa, Rodrigues et autres), qui partagent néanmoins un héritage commun : une langue, une culture, une Histoire…une Âme quoi!

J’aurais donc conclu que la Lusophonie, pour moi, représente ces Lusophones de 1ere lignée et leurs descendants. Ces pionniers qui ont essaimé tel le fruit d’un pissenlit dont les aigrettes sont emportées au gré des vents. Elles tombent dans de nouveaux terreaux fertiles, s’y enracinent et s’y adaptent. Voilà ce que j’aurais répondu spontanément!

Mais, heureusement pour moi, je n’avais pas à donner une réponse immédiate.

En poussant plus loin ma réflexion, j’y ajoutais, bien volontiers, tous ces Portugais qui avaient dû quitter leur pays soit pour fuir la pauvreté et la misère ou soit à cause d’une situation politique difficile. Ils cherchaient un ailleurs plus serein pour rebâtir une vie meilleure. Pour la plupart, l’expérience était concluante et ils venaient grossir le nombre de lusophones répandus à travers le monde.

La lecture de quelques articles ou les auteurs émettent un point de vue pertinent et intéressant m’a aidée à nuancer le mien. (1) Je reconnaissais bien volontiers le mérite de la création des PALOP (les Pays africains de langue officielle portugaise) et, dix ans plus tard, de la CPLP (La Communauté des pays de langue portugaise). Si cela permettait aux pays africains de langue portugaise de se rassembler pour bâtir une structure par laquelle se reconnaître, s’entraider et devenir une force de négociation sur les plans politique et commercial, ce ne pouvait être qu’une bonne initiative. Bien que l’on date la Lusophonie à la création de ces regroupements, dans mon esprit, la réalité « Lusophonie » existait bien avant la reconnaissance.

J’avais beau m’arrêter pour réfléchir à la question, je n’arrivais pas à concevoir que tous pouvaient prétendre faire partie de la « Lusophonie » : lusophones d’origine, lusophones d’adoption et lusophiles! J’avais beau me dire que, étymologiquement, le mot lusophone veut dire « qui parle portugais », je n’arrivais pas à me considérer intégrée à la Lusophonie au même titre qu’un héritier de la langue et de la culture. J’acceptais volontiers le qualificatif de « lusophile » mais comment concilier « lusophile » et « lusophone »sans me sentir une usurpatrice? Comment aurais-je pu prétendre à cette Âme unique?

J’en étais là avec tous mes scrupules, quand j’ai reçu le texte sur la Lusophonie de notre professeur, M. Luis Aguilar. Eureka! Voilà enfin la clé de conciliation pour solutionner toutes mes tergiversations.

Il suffisait d’y penser à cette vision englobante de la Lusophonie. Elle correspond très bien à la mienne. Elle est une façon toute simple d’inclure la diversité dans l’unité : plusieurs mondes dans un univers lusophone. Cette vision concède une place au soleil, dans la Lusophonie, à tous ceux qui en réclament une, qu’ils soient lusophones d’origine, lusophones d’adoption ou lusophiles…lusophones d’hier et d’aujourd’hui.

Mais à quoi peut-on attribuer cette vision de plusieurs mondes dans un univers lusophone? Comment peut-on expliquer qu’un si petit pays confiné à l’extrémité de l’Europe, dont la démographie est très faible, soit parvenu à un tel rayonnement au cours du XVIème siècle? Se pourrait-il que le destin exceptionnel d’un peuple ait fait naître, en chacun, l’idée d’une vocation providentielle pour leur pays? Un destin qui aurait fait du Portugal un grand empire, le Vème, selon les prophéties messianiques de Bandarra (XVIème siècle) annonçant le retour du roi Sébastien, un roi adulé, pleuré, attendu pour redonner la liberté à son peuple. Un retour improbable sur lequel est fondé un mythe, le sébastianisme, créant une attente qui défie toute logique. Cette attente est alimentée, au fil des siècles, par des témoignages pour garder vif l’imaginaire du peuple portugais. Elle forge une Foi à toute épreuve dans l’avènement du Vème empire vu, par Padre Vieira, en son temps comme celui de l’unification de la Chrétienté sous la bannière portugaise. Un empire revisité par Pessoa pour lui donner un sens plus universaliste construit sur l’idéologie d’une même mouvance spirituelle, d’un même état d’âme perpétuel.

N’est-ce pas là, dans l’évolution de cette notion d’empire que se trouve l’essence même de la Lusophonie? Ce mythe du sébastianisme serait-il devenu, avec le passage du temps, une sorte d’emblème, de gage de fierté pour le portugais d’aujourd’hui? Cette vision mystique n’est-elle pas gravée au fond de chaque âme portugaise et dans l’âme de tous ceux qui y adhèrent? Je prends à témoin l’ex-Premier Ministre M. José Manuel Durao Barroso qui s’entretenait avec M. Jean-Jacques Lafaye sur l’avantage de la position géographique du Portugal comme protection contre certains drames récents. Il répondait ceci : « Je n’irai pas jusqu’à faire mienne la théorie du « Vème Empire »…, selon laquelle le Portugal aurait, pour des raisons presque mystiques, une mission particulière à remplir en termes de civilisation…Mais il est vrai que, au fond de l’âme portugaise, l’idée existe… ». (2) Bien qu’il cherche à en minimiser l’influence, ce mysticisme refait surface et devient un point de référence pour expliquer une situation actuelle.

Après toutes ces hésitations à reconnaître une réalité plus grande qu’il n’y paraît, je fais mienne une citation de Celso Cunha : « Une république du portugais sans capitale définie. Elle n’est pas à Lisbonne, ni à Coimbra, elle n’est pas à Brasilia ni à Rio de Janeiro. La capitale de la langue portugaise est où sera le méridien de la culture ».

Est-ce qu’un esprit plane sur cette conception de l’âme portugaise, si chère à Pessoa, qui appelle à la reconnaissance égalitaire des uns et des autres et arrive à créer consensus?

Maintenant, à cette question, je me dois de répondre oui. En effet, quand je vois la tangente qu’a prise ma pensée, si puriste au départ, je reconnais la dimension d’inclusion de la Lusophonie. Après tout, quand on considère que certains pays africains (membres de la CPLP) sont inclus dans la Lusophonie sans que, pour autant la langue portugaise soit parlée par la majorité, pourquoi aurais-je des scrupules à accepter que d’autres, qui ont un intérêt pour la langue et la culture portugaises, intègrent les rangs de la Lusophonie?

Je ne suis pas encore prête à dire comme Marc, un confrère de classe, que cette notion remonte à l’époque des premières miscégénations en territoire lusitanien…quoique l’idée ne soit pas dépourvue de sens! Quel chemin parcouru depuis la première fois où je me suis penchée sur la question!


Notes
1- Journal « Le Lusophone » 1, 20 janvier 2009. Le cinquième Empire : l’Empire de la saudade, Mathieu Leroux sur Teia Potuguesa/O V império
2- Portugal : la porte étroite du renouveau, entretien avec José Manuel Durao Barroso conduit par Jean-Jacques Lafaye pour la revue « Politique Internationale », numéro 98- hiver 2003.
http://www.politiqueinternationale.com/revue/print_articlephp?id=207&id_revue=13&content=texte

Références

1-Aguilar, Luis, « Lusofonia : Do imperio para além do império às culturas que se dizem em portugues. », O Lusografo 6, 2006.

2- Bercé, Yves-Marie, « Le roi caché-Sauveurs et imposteurs- Mythes politiques populaires dans l’Europe moderne, Paris, Fayard, 1990.

Montréal, avril 2009

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